Trois logiciels libres remplacent Typeform ou Google Forms sur son propre serveur, chacun pour un usage différent. LimeSurvey est un logiciel d'enquête : questionnaires longs à branchements, panels invités par e-mail, exports vers R, SPSS et Stata. Il tourne sur un serveur PHP et une base SQL, sous GPL, sans dossier sous licence propriétaire. Formbricks ouvre des sondages dans une application ou sur un site, au clic ou à la page vue, et demande sept services et au moins 4 Go de RAM. OpnForm construit des formulaires web à la manière de Typeform et reprend ceux créés dans Typeform ou Google Forms, mais son édition gratuite limite l'instance à deux comptes.
Enquête, formulaire web ou sondage dans une application
L'enquête de LimeSurvey se construit avec plus de 30 types de questions, dans plus de 80 langues. Sa logique s'écrit en ExpressionScript, qui compte plus de 80 fonctions : une question ne s'affiche que si son équation de pertinence est vraie, et un calcul peut s'enregistrer avec la réponse. Une table de participants attribue un code d'accès à chaque personne, envoie invitations et relances, et s'alimente d'un fichier CSV ou d'un annuaire LDAP. Le dépôt se présente comme une alternative libre à SurveyMonkey, Typeform, Qualtrics et Google Forms.
Formbricks part du sondage dans une application. Son SDK, pour le web, iOS et Android, ouvre un sondage quand l'utilisateur fait une action : page vue, clic, souris qui quitte la fenêtre, moitié de la page parcourue, temps passé, ou événement envoyé par le code avec formbricks.track(). Il fait aussi des sondages par lien ou intégrés dans un e-mail. Son README l'annonce comme « l'alternative open source à Qualtrics », et la version 5 y a ajouté un répertoire de retours et des tableaux de bord NPS, CSAT et CES, rangés dans les fonctions payantes.
OpnForm est un outil de formulaires web généraliste. Sur sa page de comparaison avec Formbricks, l'éditeur le destine aux prospects, aux inscriptions et aux candidatures. Son mode « Focused » affiche une question à la fois, comme Typeform, et la version 2 importe les formulaires de Typeform, Tally, Google Forms et Fillout. Les réponses peuvent aussi remplir un modèle PDF, et un serveur MCP laisse un assistant IA créer et gérer des formulaires, puis consulter les réponses en lecture seule.
Ce que chaque outil demande pour tourner
Relevé dans les dépôts et les documentations le 7 octobre 2026.
| Outil | Licence | À faire tourner | Collecte | Limite de l'édition libre | Dernière version |
|---|---|---|---|---|---|
| LimeSurvey | GPL-2.0 ou ultérieure | PHP 8.1.29 ou plus, Apache ou nginx, MySQL, MariaDB, PostgreSQL ou SQL Server ; pas d'image Docker officielle | lien public ou invitation par e-mail | aucune, mais la mise à jour en un clic est payante | 7.4.0, 28 sept. 2026 sur GitHub ; 7.5.0 en téléchargement |
| Formbricks | AGPL-3.0, hors dossier apps/web/modules/ee ; SDK sous MIT | sept services, dont PostgreSQL 18, Valkey, SpiceDB et Cube ; 4 Go de RAM au minimum, 8 Go pour une faible charge | in-app, par lien, par e-mail | un espace de travail ; ni SSO, ni double authentification, ni identification des répondants | 6.0.2, 1er oct. 2026 |
| OpnForm | AGPL-3.0 ou ultérieure, hors dossier api/app/Enterprise/ | sept conteneurs, dont PostgreSQL 16, Redis 7 et Nginx ; RAM non documentée | formulaire web, seul ou intégré à une page | deux comptes par instance ; marque OpnForm imposée | 2.5.0, 2 sept. 2026 |
LimeSurvey demande le moins de composants : un serveur web PHP et une base SQL. Son manuel compte 250 Mo de disque, ne chiffre pas la mémoire et ne parle pas de Docker. L'éditeur ne publie aucune image, une demande pour documenter l'installation sous Docker est ouverte depuis mars 2024, et l'image communautaire martialblog/docker-limesurvey suit déjà la 7.4.0. Formbricks en demande nettement plus : son Compose de production lance l'application, PostgreSQL avec pgvector, Valkey, SpiceDB, Cube, l'API et le worker de Formbricks Hub. Cube et Hub sont obligatoires depuis la version 5, SpiceDB depuis la 6, et sans SpiceDB les opérations protégées sont refusées. La documentation tient 4 Go de RAM pour un plancher. Le Compose d'OpnForm compte lui aussi sept conteneurs, une API Laravel, un worker, un planificateur et un client Nuxt autour de PostgreSQL, Redis et Nginx, mais sa documentation ne donne aucun minimum de mémoire.
Où vont les réponses, et ce que ça change pour le RGPD
Les réponses d'une instance auto-hébergée restent dans sa base : la base SQL choisie pour LimeSurvey, PostgreSQL pour Formbricks et OpnForm. Les services tiers branchés à côté sont une autre affaire. Le captcha d'OpnForm passe par hCaptcha ou reCAPTCHA, l'anti-spam de Formbricks par reCAPTCHA v3, dans son édition payante, alors que LimeSurvey génère lui-même son captcha. Une instance OpnForm sous licence Enterprise envoie en outre à api.opnform.com sa clé, un identifiant d'instance et des métadonnées d'usage, et ne garde ses fonctions sous licence qu'un court délai de grâce si cette API ne répond plus. C'est à prévoir pour une installation coupée du réseau, que la documentation d'OpnForm cite parmi les raisons d'auto-héberger.
Sur le cloud d'un éditeur, celui-ci traite les réponses pour le compte de l'auteur de l'enquête : c'est un sous-traitant au sens du RGPD, et l'article 28 impose un contrat entre eux. La grille tarifaire de LimeSurvey mentionne cet accord de traitement pour ses formules payantes, pas pour la gratuite. Le pays d'hébergement s'y choisit à la création de l'instance, avec l'Allemagne et la Finlande recommandées pour l'Union européenne, et les réponses y restent. Formbricks héberge son cloud à Francfort et publie son accord de traitement : la base est chez AWS en Allemagne, mais la liste des sous-traitants compte aussi Cloudflare, présenté comme mondial, pour le CDN, et Stripe, aux États-Unis, pour les paiements. Les trois éditeurs sont européens : LimeSurvey GmbH à Hambourg, Formbricks GmbH à Kiel, OpnForm en France. Le cloud d'OpnForm se dit basé dans l'Union européenne, mais sa politique de confidentialité ne nomme ni pays d'hébergement ni sous-traitant.
Une enquête LimeSurvey peut être anonymisée : ses réponses ne sont alors plus reliées à la table des participants, et leurs dates sont ramenées au 1er janvier 1980. L'édition libre de Formbricks n'identifie pas les utilisateurs : un sondage in-app s'adresse à quiconque déclenche l'action, sans rattacher la réponse à une personne connue. L'identification, les contacts et les segments sont payants.
Où en sont les projets
LimeSurvey existe depuis 2006 et a changé de version majeure cette année. La 7.0.0 est sortie le 26 mai 2026, et les versions 7.1.0 à 7.4.0 se sont suivies entre le 13 et le 28 septembre. Sa feuille de route prévoit un correctif chaque lundi et une version mineure toutes les huit semaines environ, avec des correctifs pour la 7 jusqu'en mai 2028, puis ceux de sécurité seuls jusqu'en mai 2029. Le support de la 6 a pris fin le 31 août 2026 pour l'édition libre, et la migration se prépare : la 7 renomme les tables et les champs de réponses, ce qui touche les plugins, les thèmes et les requêtes de reporting qui les lisent.
Formbricks a publié onze versions mineures ou majeures depuis janvier, dont la 5.0.0 le 27 mai et la 6.0.0 le 21 septembre 2026. Chaque version mineure reçoit des correctifs pendant trois mois, et seule la plus récente reçoit ceux qui ne touchent pas à la sécurité : la 6.0 est suivie jusqu'au 21 décembre 2026. Son README prévient que les contributions de code ne sont acceptées, pour l'instant, qu'à titre exceptionnel.
OpnForm a publié douze versions entre la 2.0.0 du 8 juin et la 2.5.0 du 2 septembre 2026, et sa branche principale reçoit encore des commits, le dernier le 6 octobre. Un mainteneur en signe 865, le contributeur suivant 344.
Licences et offres payantes
LimeSurvey est sous GPL-2.0 ou ultérieure, sans dossier sous licence propriétaire. La GPL n'oblige à publier ses modifications qu'en cas de distribution : exploiter en ligne une version modifiée ne l'impose pas, contrairement à l'AGPL de Formbricks et d'OpnForm. L'éditeur vend la mise à jour depuis l'interface, ComfortUpdate, 59 € pour six mois ou 99 € pour un an, et facture son cloud au volume de réponses, TVA comprise : 25 par mois en formule gratuite, l'enquête restant verrouillée jusqu'au mois suivant une fois le quota atteint, 1 000 par mois pour 34 € en Basic, jusqu'à 50 000 par an pour 900 € en Business. SSO, LDAP et SAML n'apparaissent qu'en formule Corporate, sur devis, alors que l'édition libre livre un plugin LDAP, la double authentification des administrateurs et un journal d'audit. La page communautaire de l'éditeur annonce toutefois des fonctions réservées à LimeSurvey Cloud.
Formbricks et OpnForm placent leur cœur sous AGPL-3.0 et gardent un dossier sous licence propriétaire, livré dans les images Docker et débloqué par une clé : apps/web/modules/ee chez Formbricks, api/app/Enterprise/ chez OpnForm. Ce code se modifie et se teste librement, mais la production demande une licence. Chez Formbricks, elle couvre l'identification des utilisateurs, les segments, le SSO OIDC et SAML, la double authentification, les rôles, les journaux d'audit et l'anti-spam ; garder privées ses modifications du cœur est aussi un droit payant, et depuis la version 6 l'édition libre n'a plus qu'un espace de travail. Son prix est sur demande. Le cloud de Formbricks est gratuit jusqu'à 250 réponses par mois, puis coûte 74 dollars par mois pour 2 000. Chez OpnForm, la licence auto-hébergée coûte 1 999 dollars par an et par instance : elle lève la limite de deux comptes arrivée avec la version 2, ouvre SAML, LDAP, les rôles et les journaux d'audit, et retire la marque OpnForm. L'OIDC reste gratuit dans la limite des deux comptes. Le cloud gratuit d'OpnForm ne plafonne ni les formulaires ni les réponses mais impose la marque ; le domaine personnalisé et le captcha commencent à 25 dollars par mois, et l'éditeur recommande ce cloud à la plupart des utilisateurs.
