Cinq outils open source reçoivent logs, métriques et traces et les gardent sur vos propres serveurs, mais ils ne les rangent pas au même endroit. SigNoz et Superlog écrivent tout dans ClickHouse, et Superlog confie en plus à Claude le regroupement des erreurs en incidents. Traceway passe aussi par ClickHouse en mode serveur, mais tient dans un seul conteneur avec SQLite ou DuckDB. OpenObserve range ses données en fichiers Parquet, sur disque ou dans un bucket S3, depuis un seul binaire. Netdata part des machines : un agent sur chacune relève les métriques à la seconde et les garde sur place.
Backend OpenTelemetry ou agent sur chaque machine
SigNoz, OpenObserve, Traceway et Superlog sont des backends OpenTelemetry : les applications s'instrumentent avec un SDK OpenTelemetry et leur envoient traces, logs et métriques en OTLP. Traceway accepte l'OTLP/HTTP directement depuis le SDK, sans Collector entre les deux. SigNoz livre son propre collecteur OpenTelemetry dans sa pile et prend aussi les métriques Prometheus. Superlog reçoit l'OTLP par un proxy d'ingestion et un collecteur, et ses connecteurs pour Vercel, Railway et Render transmettent logs et métriques sans câblage OTLP à écrire ; AWS et Cloudflare ont aussi le leur.
Le navigateur et le mobile demandent plus que l'OTLP. OpenObserve reçoit les données RUM des navigateurs et des applications mobiles. Traceway fournit ses propres SDK pour React, Vue, Svelte, Flutter, Android, iOS et React Native, avec un session replay sur le web et sous Flutter.
Netdata prend le problème par l'autre bout. Son agent, installé sur chaque machine, repère seul les conteneurs, les services systemd et les processus, et relève leurs métriques chaque seconde sans que les applications soient instrumentées. Il reçoit les logs OpenTelemetry depuis sa v2.11.0 d'août 2026, et les traces depuis la v2.12.0, en accès anticipé. Les lire demande en revanche un compte Netdata Cloud, gratuit ou non : sa documentation des accès bloque le journal systemd, les événements Windows, la liste des processus et les connexions réseau pour qui n'est pas connecté. Les métriques, les alertes et la détection d'anomalies restent accessibles sans compte.
Vérifier de l'extérieur qu'un service répond et publier son état sur une page de statut relève d'une autre famille d'outils, passée en revue dans le comparatif des outils de monitoring uptime et de page de statut ; OneUptime en fait partie et reçoit aussi logs, métriques et traces par OpenTelemetry.
ClickHouse, stockage objet ou base embarquée
ClickHouse, une base de données colonnaire, stocke la télémétrie de trois des cinq outils, et ne tourne jamais seul. SigNoz démarre ClickHouse, ClickHouse Keeper, PostgreSQL pour les métadonnées, son collecteur et son serveur, et demande au moins 4 Go de mémoire pour une « petite installation de test ». Superlog lance PostgreSQL 16, ClickHouse 26.1 et un collecteur, plus quatre applications Node (interface, API, proxy d'ingestion et worker), et son README ne décrit qu'un lancement de développement. Le fichier Compose de Traceway associe ClickHouse 24.8 et PostgreSQL 17.
Traceway peut aussi se passer de ClickHouse. Son image SQLite tient dans un conteneur, mais sa documentation la réserve à l'essai ou à une petite instance. L'image DuckDB, recommandée pour un conteneur unique, garde selon la même documentation un tableau de bord réactif avec 10 à 100 fois plus de lignes. Les deux sont mono-instance : faire tourner plusieurs backends exige PostgreSQL et ClickHouse. DuckDB vise environ 80 % de la RAM qu'il croit disponible, et dans un conteneur limité sans DUCKDB_MEMORY_LIMIT, le backend finit tué par manque de mémoire pendant l'ingestion.
OpenObserve n'a besoin d'aucune base externe sur une instance seule : ses métadonnées vont dans SQLite, ses données en Parquet sur le disque local. Le stockage objet (S3, GCS, MinIO, Azure Blob...) s'active par ZO_LOCAL_MODE_STORAGE et devient obligatoire en haute disponibilité, qui passe par Kubernetes et Helm et ajoute PostgreSQL ou MySQL pour les métadonnées et NATS pour coordonner les nœuds. Le README annonce un stockage 140 fois moins cher qu'Elasticsearch, qu'il attribue à la compression du Parquet et au prix du stockage objet. La lecture se paie en cache : par défaut, un querier consacre la moitié de sa mémoire aux fichiers Parquet.
Netdata n'a pas de base centrale. Chaque agent écrit dans son propre moteur de stockage, en trois paliers : la seconde pendant 14 jours, la minute pendant 3 mois, l'heure pendant 2 ans, avec 1 Gio au plus par palier. Des agents « parents » reçoivent les données des autres et en tiennent l'historique, et Netdata Cloud interroge agents et parents sans centraliser le stockage.
Ce que chaque outil demande pour tourner
Relevé dans les dépôts et les documentations le 7 octobre 2026.
| Outil | Licence | À faire tourner | Reçoit | Conservation par défaut | Dernière version |
|---|---|---|---|---|---|
| SigNoz | MIT, hors ee/ et cmd/enterprise/ | ClickHouse, ClickHouse Keeper, PostgreSQL, collecteur et serveur ; 4 Go pour un essai | logs, métriques et traces en OTLP, métriques Prometheus | 15 jours pour les logs et les traces, 30 jours pour les métriques | 0.145.0, 5 oct. 2026 |
| OpenObserve | AGPL-3.0 ou ultérieure ; édition entreprise sous licence commerciale | un binaire, disque local et SQLite ; en cluster, stockage objet, PostgreSQL ou MySQL, NATS et Kubernetes | logs, métriques et traces en OTLP, RUM | 3 650 jours | 1.0.4, 24 sept. 2026 |
| Traceway | MIT | ClickHouse et PostgreSQL, ou un seul conteneur sur SQLite ou DuckDB | logs, métriques et traces en OTLP/HTTP, SDK web et mobile | 30 jours en SQLite et DuckDB | 2.0.4, 5 oct. 2026 |
| Superlog | Apache-2.0, agent d'enquête hors du dépôt | PostgreSQL, ClickHouse, collecteur et quatre applications Node ; clé d'API Anthropic pour le regroupement | logs, métriques et traces en OTLP, connecteurs de plateformes | aucune sur les tables brutes | aucune ; dernière fusion le 14 sept. 2026 |
| Netdata | GPL-3.0 ou ultérieure pour l'agent, interface fermée | un agent par machine, environ 150 Mio de RAM ; parents en option | métriques par l'agent ou en OTLP, logs et traces en OTLP | seconde 14 jours, minute 3 mois, heure 2 ans | 2.12.0, 30 sept. 2026 |
Les ressources à prévoir selon le volume ingéré sont rarement publiées. SigNoz publie un dimensionnement de production qui totalise 56 cœurs et 152 Gio (trois collecteurs, deux shards ClickHouse, trois nœuds ZooKeeper, PostgreSQL et le serveur) sans dire pour quel volume d'ingestion. La page de planification d'OpenObserve renvoie à un tableur de calcul externe, Traceway ne chiffre ni processeur ni mémoire pour son mode ClickHouse, et Superlog ne documente aucune ressource. Netdata chiffre la consommation de son agent : environ 150 Mio de RAM et 5 % de CPU en production avec les réglages par défaut, 100 Mio sans apprentissage automatique, sans alertes et en stockage éphémère.
OpenObserve garde tout dix ans par défaut : sans réglage de ZO_COMPACT_DATA_RETENTION_DAYS, rien n'est effacé avant 3 650 jours. Ses données sont en outre immuables, et seules des périodes entières de rétention tombent. SigNoz garde logs et traces 15 jours et les métriques 30 jours, et une nouvelle durée ne s'applique qu'aux données ingérées ensuite. Superlog ne fixe aucune durée sur les tables où écrit son collecteur, et n'en pose une de 30 jours que sur les tables dérivées des traces. Chez Netdata, le quota de chaque palier est partagé par tous les agents qui envoient leurs données à un même parent.
Où en sont les projets
SigNoz existe depuis janvier 2021 et n'a jamais publié de 1.0 : treize versions mineures sont sorties entre la 0.133.0 du 15 juillet et la 0.145.0 du 5 octobre 2026, environ une par semaine. Son script install.sh et ses fichiers Docker Compose sont dépréciés au profit de Foundry, un outil d'installation distinct sous AGPL-3.0. OpenObserve, dont le dépôt date de février 2023, a publié sa v1.0.0, première 1.x en disponibilité générale, le 11 septembre 2026, et compte 43 versions stables en 2026.
Traceway est le plus jeune : dépôt créé en décembre 2025, 89 versions du backend publiées entre mai et octobre 2026, et un développeur qui signe 823 des 1 056 commits de la branche principale. Sa 2.0 du 21 septembre est cassante : elle modifie les tables de traces et une partie de l'API, et l'historique se recopie après sauvegarde avec V2_MOVE_OVER=true.
Superlog n'a publié ni version ni tag, et plus rien n'a été fusionné sur sa branche principale depuis le 14 septembre 2026, alors que 69 pull requests restent ouvertes ; un développeur y signe 468 des 488 commits. Le 1er octobre, sa documentation a été réécrite : elle désigne comme application open source de Superlog un autre dépôt de l'éditeur, responder-oss, et indique que le service hébergé tourne sur ce code-là.
Netdata a sorti cinq versions mineures entre novembre 2025 et septembre 2026. La note de la v2.12.0 s'ouvre sur un avertissement de plantages aléatoires au démarrage et conseille la v2.11.1 en attendant la v2.12.1. Son installeur kickstart.sh choisit par défaut le canal nightly, avec une mise à jour automatique quotidienne ; l'option --stable-channel s'en tient aux versions stables.
Licences, éditions entreprise et offres cloud
Traceway affirme ne rien réserver. Son README revendique une licence MIT, sans BSL ni « open core », son site annonce la parité fonctionnelle avec Traceway Cloud, et le SSO par Google, GitHub ou OIDC fait partie de l'édition libre. Le cloud facture l'hébergement : gratuit jusqu'à 1 Go d'ingestion par mois, 24,99 dollars par mois pour 150 Go.
SigNoz est sous MIT, sauf les dossiers ee/ et cmd/enterprise/, sous licence SigNoz Enterprise : leur usage en production exige un abonnement. La grille tarifaire laisse le SSO dans l'édition Community, mais réserve aux offres payantes SAML, la détection d'anomalies, les clés d'ingestion multiples et les intégrations AWS en un clic. Noz, l'assistant IA intégré, n'existe que sur SigNoz Cloud, dont l'offre Teams démarre à 49 dollars par mois, avec logs et traces facturés 0,30 dollar le Go. L'offre Enterprise, proposée aussi en auto-hébergé avec support, commence à 4 000 dollars par mois.
OpenObserve est sous AGPL-3.0 ou ultérieure : qui expose une version modifiée en service réseau doit en publier le code. Son édition libre n'a ni SSO ni rôles, et tous ses utilisateurs ont accès à toutes les fonctions. L'édition entreprise, une image distincte sous licence commerciale, ajoute le SSO (OIDC, SAML 2.0, LDAP/AD), le RBAC, un journal d'audit, la recherche fédérée entre clusters et le masquage automatique des données sensibles. Auto-hébergée, elle est gratuite jusqu'à 50 Go ingérés par jour.
Superlog publie son édition communautaire sous Apache-2.0, et son README la dit open-core. L'exécuteur des vraies enquêtes est un module externe que le dépôt ne contient pas ; celui qui est fourni n'appelle aucun modèle et ne propose aucun correctif. Le regroupement des erreurs, lui, est dans le dépôt et appelle Claude : Anthropic est le seul fournisseur câblé. Pour classer une erreur, il envoie le titre, le message et la pile d'appels de l'exception, ses attributs et ses identifiants de trace, ainsi que le titre et le début du message de chaque incident ouvert. Sans clé d'API, une erreur que les règles fixes ne rattachent à rien ouvre son propre incident.
Netdata place son agent sous GPL v3 ou ultérieure, mais son interface web est fermée : la licence NCUL1 interdit de la modifier ou de l'utiliser avec autre chose que les agents et Netdata Cloud. Sans abonnement, l'accès aux tableaux de bord s'arrête à cinq nœuds, et la configuration des collecteurs depuis l'interface, le RBAC et le SSO sont payants. Les pages de tarifs affichent Business à 4,50 dollars par nœud et par mois en paiement annuel, et Homelab à 90 dollars par an pour un usage non commercial.
